Le conservateur littéraire 1819 - 1821

Edition critique publiée par Jules Marsan 1922 - 1938

€100.00

Auteur :
Marsan, Jules (éditeur scientifique de l’édition critique)

Titre :
Le Conservateur littéraire. 1819-1821. Édition critique. Tome I et II.

Sous-titre / Collection :
Édition critique publiée sous les auspices de la Société des Textes Français Modernes

Éditeur :
Librairie Hachette (Paris), Librairie E. Droz (Paris)

Date de publication :
1922, 1938

Lieu d’édition :
Paris, France

Format :
In-8° broché

Pagination :

  • Tome I : XLVI, 334 pages (première partie)

  • Tome II : environ 275 pages (deuxième partie)

Dimensions physiques :
Environ 190 × 120 mm (selon exemplaire décrit)

Langue :
Français

Collection :
Societé des Textes Français Modernes

Introduction

Fondé en 1819 par Abel, Eugène et Victor Hugo, Le Conservateur littéraire occupe une place déterminante dans l’histoire de la formation intellectuelle et esthétique de Victor Hugo. Souvent reléguée au rang de simple revue de jeunesse, cette publication apparaît, à la lumière de l’édition critique de Jules Marsan, comme un lieu fondateur, où se forgent à la fois la pratique de l’écriture, la réflexion critique et les premières orientations idéologiques de l’écrivain. Entre 1819 et 1821, Hugo y acquiert une expérience décisive qui conditionne l’émergence rapide de son œuvre majeure dans les années 1820.


I. Le Conservateur littéraire : un cadre idéologique et formateur

Le Conservateur littéraire s’inscrit dans le climat politique et culturel de la Restauration. Revue royaliste et catholique, elle se veut à la fois littéraire et morale, héritière de l’ordre ancien et opposée à l’héritage révolutionnaire. Pour Victor Hugo, alors adolescent, ce cadre idéologique constitue moins une contrainte qu’un point d’ancrage initial.

La revue fournit au jeune auteur un horizon doctrinal clair, où la littérature est conçue comme instrument d’édification morale et de cohésion sociale. Cette conception, que Hugo dépassera par la suite, joue néanmoins un rôle structurant : elle l’initie à l’idée que l’écriture engage une responsabilité intellectuelle et politique. Ainsi, le Conservateur forme Hugo à penser la littérature comme une force active dans la cité.


II. Un laboratoire poétique : entre classicisme et tensions nouvelles

Les textes poétiques publiés par Victor Hugo dans le Conservateur littéraire relèvent majoritairement des genres nobles hérités du classicisme : odes, épîtres, cantates, poèmes de circonstance. Les modèles revendiqués sont ceux de la tradition française et antique, notamment Racine, Boileau et André Chénier.

Toutefois, une lecture attentive met en évidence des inflexions déjà novatrices. Le goût pour les images violentes, l’ampleur oratoire du vers, la prédilection pour les sujets historiques et collectifs annoncent une sensibilité qui excède le cadre néoclassique. Des poèmes comme Les Vierges de Verdun ou Les Destins de la Vendée manifestent une dramatisation de l’histoire et une intensité lyrique qui préfigurent la poétique romantique.

Le Conservateur littéraire apparaît ainsi comme un espace de transition, où Hugo assimile les formes héritées tout en en éprouvant les limites.


III. L’apprentissage du théâtre et la genèse d’une pensée dramatique

Le théâtre occupe une place centrale dans les contributions hugoliennes au Conservateur littéraire. Comédies, vaudevilles, fragments de tragédies et parodies révèlent une activité dramaturgique intense et précoce. Ces essais témoignent moins d’un aboutissement que d’une exploration méthodique des formes scéniques.

Parallèlement, Hugo développe une réflexion critique sur le théâtre français contemporain. Dans des articles comme Du Théâtre français, il esquisse une remise en question implicite de la rigidité classique, dénonçant l’artificialité de certaines conventions. Sans formuler encore une doctrine, il prépare le terrain intellectuel qui conduira à la théorisation du drame romantique dans la préface de Cromwell.

Le Conservateur joue ainsi le rôle d’une antichambre théorique, où se dessine progressivement la pensée dramatique hugolienne.


IV. La prose critique : naissance de l’écrivain-critique

Outre la poésie et le théâtre, Le Conservateur littéraire est un lieu essentiel de formation à la prose critique. Victor Hugo y publie des articles satiriques, des notices et des réflexions littéraires, souvent anonymes ou signées d’initiales.

Ces textes révèlent une conscience précoce du rôle de l’écrivain dans la société. Hugo y affirme déjà une vision hiérarchisée des genres, une exigence morale de la littérature et une attention aiguë aux enjeux esthétiques contemporains. La satire, notamment dans L’Enrôleur politique, montre sa maîtrise naissante de l’ironie et de la polémique.

On voit ainsi se constituer la figure de l’écrivain-critique, indissociable de l’écrivain-créateur, qui deviendra centrale dans l’œuvre hugolienne.


V. Une expérimentation identitaire et stylistique

Le recours fréquent à l’anonymat et aux pseudonymes dans le Conservateur littéraire permet à Victor Hugo de multiplier les expériences d’écriture sans s’enfermer dans une identité figée. Poète lyrique, dramaturge, critique, satiriste, traducteur : ces différentes postures coexistent et se répondent.

Jules Marsan souligne le caractère profondément expérimental de cette période. Certaines orientations seront abandonnées, d’autres approfondies, mais toutes contribuent à la construction d’une conscience littéraire cohérente, ambitieuse et déjà tournée vers la nouveauté.


Conclusion

Le Conservateur littéraire constitue un moment fondateur dans la formation de Victor Hugo. Il est à la fois :

  • un espace d’apprentissage technique,

  • un cadre idéologique initial,

  • un laboratoire esthétique,

  • et un lieu de construction identitaire.

Loin d’être un simple épisode marginal, la revue représente le premier acte public de l’écrivain. Comme le montre l’édition critique de Jules Marsan, c’est dans les pages du Conservateur littéraire que s’élaborent les fondements intellectuels et stylistiques d’une œuvre appelée à transformer durablement la littérature française du XIXᵉ siècle.


Références critiques essentielles

  • Jules Marsan, Le Conservateur littéraire. 1819-1821. Édition critique

  • Jean-Marc Hovasse, Victor Hugo, avant l’exil

  • Paul Berret, Victor Hugo et le romantisme

  • Guy Rosa, Victor Hugo : l’homme et l’œuvre


Texte de  Victor Hugo contenu dans Le Conservateur Littéraire

(souvent sous initiales ou pseudonymes : H., V., V. d’Auverney, M., etc.)

Poésie

  • Les Vierges de Verdun (ode)

  • Les Destins de la Vendée (ode)

  • Le Songe (cantate)

  • Poésies diverses (odes, épîtres, pièces de circonstance)

Théâtre

  • Un moment d’imprudence (comédie en trois actes)

  • La Somnambule (vaudeville)

  • Les Vêpres siciliennes (tragédie, fragments)

  • Louis IX (tragédie, fragments)

  • Cadet-Roussel Procida (parodie dramatique)

Prose, satire et critique

  • L’Enrôleur politique (satire)

  • Du Théâtre français (critique dramatique)

  • Articles critiques et réflexions littéraires (non signés)

Contes et récits

  • L’Avarice et l’Envie (conte, sous le pseudonyme V. d’Auverney)

Traductions et imitations

  • Achéménide (traduction / imitation)

  • Extraits et essais de traduction de poètes étrangers

➡️ Marsan montre que Victor Hugo est de très loin le contributeur le plus important, quantitativement et qualitativement.